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Voilà. Je ne l'ai jamais fais avant et ne le referais probablement plus. Mais quand j'ai lu ce texte de Vinvin, je n'ai pû m'empêcher de me voir et me revoir dans certaines situations du bricolages quelques mois en arrière. Il y 2 ans, ce genre de situations m'étaient familières, et pas qu'un peu mon neveu. Je vous livre donc ce petit bijou de texte tel quel. Surtout, n'oubliez pas de lire la mise à jour en fin de texte suite à des commentaires de lecteurs, sorte de cerise sur le gâteau. Enjoy !
J'adore bricoler. Enfin, j'adore l'idée. Et j'ai toujours eu une
admiration teintée de jalousie pour les mecs qui savent bricoler. Je
les trouve beaux et virils. Cette façon qu'ils ont de prendre les
choses en main, de s'affairer, de disparaître et de réapparaître avec
le bon outil ou la bonne vis, dégotés au fond d'un tiroir
majestueusement rangé dans un fond de garage ou à la cave. Un bricoleur
améliore le monde, il corrige ses imperfections. Etes-vous déjà allés
chez Bricorama ou Leroy Merlin le dimanche ? C'est beau comme du
parquet, ça sent le neuf, la colle, le bois et le terreau. Quand je
vais chez Brico, je voudrais tout acheter... Je me rêve en train de
scier des trucs, de poncer des machins. Je me vois construire une
véranda ou refaire l'électricité quelque part, en bras de chemise, avec
une ceinture à outils, tel Richard Geere dans Mister Jones. Je
m'imagine un peu en sueur, un peu sale, observé depuis un coin de
fenêtre par la voisine qui a des vapeurs sous sa chemise tant son
voisin lui apparaît soudain dans son immense sex-appeal. Je crois même
qu'elle se caresse quand je cloue cette planche, une folie...
Hier
j'ai voulu accrocher une tringle à rideau. Pas un défi insurmontable
pour le commun des hommes, j'en ai conscience. Une petite tringle en
plus, du genre 1 mètre de large dans la largeur d'un modeste couloir.
Il faut imaginer ce que ce genre de mission représente pour moi. Peu
confiant dans mes aptitudes, il faut que je prépare le terrain avec
soin, que j'ai tout le matériel prêt, que chaque détail soit réglé et
anticipé pour qu'à aucun moment je puisse me retrouver face à mon
incompétence. Il a d'abord fallu décider si j'allais utiliser une
perceuse (objet qui me fait une peur pas possible) ou y aller
directement au tournevis. Afin de prendre une vraie décision de
bricoleur, je me suis mis en tête de taper sur le plafond et d'en
analyser le bruit. Toc, toc. Mouais. Toc, toc. Je ne reconnais pas ce
son parmi les sons de plafond que je connais. Disons que ça sonne un
peu creux, mais ce n'est pas franc. Sans doute influencé par ma
détestation des mèches, je décide d'y aller à l'ancienne, de faire un
trou équitable, qui respecte la couche d'ozone. Mais où ? C'est-à-dire
qu'il y a deux "trucs" pour poser la tringle, et je me dis alors qu'un
vrai bricoleur saurait certainement comment s'appellent ces trucs. Dans
ma logique tout à fait affûtée, je me dis que le meilleur moyen
d'obtenir quelque chose de solide, c'est de bien répartir les distances
entre les deux murs. Comme il y a deux machins, j'en mets un à chaque
tiers... peut-être. Ou alors à chaque quart... Yeux de merlan frit qui
observe un plafond blanc. Je décide de déplacer l'escabeau, ça ne sert
à rien mais ça m'occupe. Pendant ce temps-là les enfants jouent à la DS
et j'imagine qu'ils sont assez admiratifs de leur père qui a l'air de
savoir ce qu'il fait, surtout quand il déplace l'escabeau, un geste
simple mais plein de significations. OK, partons pour trois tiers ; je
ne suis pas une bête en physique mais je me dis que c'est comme ça que
le poids sera mieux réparti.
Je visse dans le plafond. Les bras
en l'air. Une douleur sourde pointe quasi immédiatement dans mon
épaule. J'aurais dû m'échauffer sans doute... Ne flanchons pas, pas
maintenant (si loin du but), juste une minute après avoir tout
installé, escabeau, tringles, visses, tournevis, scie à métaux (il va
falloir raccourcir la tringle j'en ai bien peur), etc. J'ai beau
visser, rien ne se passe. Un vague trou de rien du tout, pas de quoi
enfoncer quoi que ce soit. OK, ce n'était pas si creux, on ne pourra
pas éviter la perceuse.
La première question à se poser c'est : où sont les mèches ? Et
ensuite, immédiatement après, comme à chaque fois, c'est "pourquoi
manque-t-il trois mèches dans la boîte de douze ? Et pourquoi c'est la
mèche 4 qui manque, celle dont, a priori, j'ai besoin...". Parce que
c'est toujours la mèche 4 dont on se sert. Au delà, pour moi, c'est du
gros oeuvre. Je cherche pendant dix minutes où sont les mèches rebelles
; deux d'entre elles s'étaient planquées dans une autre boîte à outils
dont j'avais oublié l'existence. J'insère la 4 dans l'embout, puis
branche l'engin de malheur. OK, prêt. Je préviens ma famille que ça va
faire du bruit, pas de problème papa.
Zoooiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnnn...
Quelle horreur ce bruit... Zoooooouuuuuuuuiiiiiiiiiiii... Clac ! Hein ?
La mèche vient de s'enfoncer dans le vide... C'était donc creux.
C'est
quoi ce truc trop dur pour qu'on visse au tournevis et trop vide du
coup on aère le plafond ? Résultat, après seulement trois minutes : un
trou pour rien. Je me sens humilié. Pourtant j'avais tout bien pensé.
Je n'avais pas fait d'erreur grave. Si ?
Bon, je vais donc y
retourner au tournevis. Peut-être qu'une fois la tringle mise, si j'y
arrive, on ne verra plus le trou. Je songe un moment mettre du Tipex
mais j'évacue l'idée rapidement, le Tipex ne peut pas TOUT résoudre. Alors
c'est reparti, et tandis que mon épaule me tire, je constate qu'il se
passe enfin quelque chose quand je visse, ça prend, youhoooooooooooo,
je bricole !!! Je visse, je visse, avec la joie de l'apprenti sur une
Cathédrale, je visse et visse encore. Et voilà ! Une belle vis dans le
plafond ! Voilà le travail...
Bien sûr, je réalise rapidement
qu'il m'aurait fallu visser pas seulement la vis, mais la vis insérée
dans le trou du machin accroche tringle. Machin qui se trouve dans ma
poche. Ok, je dévisse, la coupe est pleine. Je mets dans le trouc du
bidule, et je revisse. Ouf ! Plus de peur que de mal. Fort de cette
expérience, je visse dans le deuxième trou avec la rapidité du jaguar.
Le coup de main, l'usage, et peut-être une certaine forme de
prédisposition à apprendre vite du terrain. Et hop, le premier truc est
fixé, je descends de l'escabeau pour observer le travail. Mon fils
descend à ce moment-là et constate la beauté de l'objet, je ne suis pas
peu fier. Bravo papa !!!
J'attaque le deuxième qui se déroule
sans souci. J'ai bien retenu la leçon du premier et vis directement
comme il faut, en retenant ma douleur, douleur largement compensée par
la satisfaction du devoir accompli. Une fois les deux choses bien
fixées au plafond, je ne peux attendre et pose immédiatement la tringle
que je stabilise rapidement grâce aux deux petites vis qui la calent
contre les trucs (ça m'énerve de pas connaître le mot !). Ni-ckel ! Je
bois pour me désaltérer après tant de gestes dont je n'ai pas
l'habitude. Je crois qu'à cet instant, je suis physiquement une bête.
En
revanche c'est con parce que pour enfiler le rideau va falloir que je
dévisse tout. Bah oui je sais que vous l'avez vu venir, c'est facile de
se moquer après ! Dans le monde de la bricole, les choses ne se passent
pas les unes après les autres. Les modes d'emplois ne sont pas
linéaires. Ce n'est pas 1 puis 2 puis 3 puis 4. c'est 1 puis 3 Puis 6
puis 2... Il fallait penser à enfiler le rideau AVANT d'installer la
tringle. Mais oui mais c'est là que le littéraire se sépare du matheux.
Un littéraire qui fait des maths se rassure dans l'addition. Mais le
bricolage est multiplication.
Me voilà donc en train de dévisser
les bidules pour retirer la tringle. C'est assez logique quand on y
pense. Suis-je simplement distrait ? Cela ne m'intéresse-t-il pas à ce
point ? Allez finissons-en ! Enfilons ce maudit rideau et montrons,
trou pour rien excepté, que papa n'est pas si mauvais...
Oui mais voilà...
Les
deux machins posés aux trois tiers... ça laisse qu'un tiers central
pour le rideau qui est du coup tout tassé au milieu du vide. Bah oui.
Je suis une buse. Parce que les machins empêchent de tirer le rideau !
Bah oui mon con ! Arrrghhhhh. Pourquoi n'y ai-je pas pensé, c'était
quand même couru d'avance ! C'est la physique mon ami, si c'est vissé
dans le mur comment tu tires le rideau, abruti ? Je pourrais à cet
instant tout laisser en plan et pleurer dans mon édredon, mais je sais
qu'à un moment, au pire moment, ma conjointe va sûrement débarquer et
constater. Je ne peux humainement pas lui laisser cette chance.
Je
retire tout, le rideau, la tringle et les machins. Me voilà avec trois
trous pour rien dans le plafond, celui de la perceuse et les deux
nigauds. Une demi-heure est passée, j'ai une tringle dans les mains et
trois trous ridicules qui jurent sur ce plafond tout blanc. Allez
réfléchis, rassemble-toi, c'est de la mauvaise volonté ou un acte
manqué... Ok, je mets les deux bousins à chaque bout, ça devrait le
faire. Je me projette mentalement (c'était donc ça la solution ?!?
anticiper ?) dans le futur et je me vois tirer le rideau comme il faut,
rien ne bloque mon geste.
Ensuite je recommence tout, la larme
aux yeux à cause de mon épaule, tel un moine Shaolin, concentré sur mon
expérience corporelle. Tout va bien. Je visse, je fixe, je pose, je
fais glisser le rideau, je bloque les trucs, je descends de l'escabeau,
c'est beau. Nickel. Trois trous viennent m'humilier discrètement, mais
le gros du contrat est respecté. Mes enfants sont là qui ne voient que
le positif. Mon épouse ne dit rien, juste un petit regard avec un
sourire dans les yeux. Elle n'a pas besoin de m'enfoncer davantage, je
sais qu'elle pense que j'exagère, qu'il faudra un jour bricoler à
nouveau pour combler ces trous. Mais elle est gentille, elle ne
m'accable pas. Complicité dans nos faiblesses, compréhension.
Je
range le matériel, pas complètement satisfait. Je ne suis pas
bricoleur, c'est évident. Mais ce constat est décevant. Le bricolage
est-il un don ? Comme la cuisine ? Ou faut-il simplement que je fasse
un effort ? Quelles sont ces petites fautes d'inattention qui
transforment une belle victoire en semi-échec ? Je me le demande...
Mise à jour : effectivement, je n'ai pas mis de cheville...
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